Gwladys
écrit à

   


Achille

     
   

Pitié

    Courageux Achille, chef des myrmidons,

Pardonne mon audace, mais regrettes-tu au moins une chose dans ta vie? Et aussi, est-il vrai que les Grecs ont tué le bébé du grand guerrier Hector de Troie? Pourquoi vouloir donner la reine Andromaque à ton fils? Que fais-tu de la pitié et de la tristesse de cette femme?

J'espère que je ne t'offense pas et, si je l'ai fait, pardonne-moi. Que la grande Athéna veille sur toi.


Salut à toi, Étranger!

Regretter? Oui, je regrette sans cesse. Je regrette mes colères, mes mots durs, les coups portés à certain de mes ennemis.

Ténès, roi de Ténédos, par exemple. Avant mon départ d'Aulis, ma mère, la divine Thétis aux pieds d'argent m'avait défendu de tuer cet homme, car il était fils d'Apollon. Afin que je n'oublie pas, elle plaça à mon service un esclave chargé de me le rappeler.

Nous avions navigué pendant de longs mois lorsque notre flotte approcha des rives de l'île de Ténédos. La première personne que je vis en posant le pied sur la terre ferme, fut une délicieuse jeune fille lavant ses vêtements à la source. Je m'approchai pour me rassasier d'eau fraîche et ne pouvant cesser de l'admirer, j'entrepris de discuter avec elle. Elle riait et ses joues rondes se soulevaient avec tant de grâce; je ne pus résister et mes lèvres effleurèrent sa peau. Elle se sauva, farouche comme une jeune biche, mais sans interrompre son rire. C'était une invitation suffisante. Mais soudain, comme je la suivais, tout heureux de me prêter au jeu de la poursuite, au détour, un homme armé me fit face. Ne pouvant faire autrement que de l'affronter, je n'hésitai pas, saisissant mon couteau, je lui tranchai la gorge. La jeune fille hurla que j'avais tué son frère, le roi Ténès. Pris de panique, j'ai couru vers le rivage et tué l'esclave censé me rappeler le conseil de ma mère. Ces deux morts, je les regrette. Je n'aurais pas dû désunir leurs membres.

Pour ce qui est de tes inquiétudes envers les Troyens, je peux t'assurer que le fils d'Hector est bien vivant. Quant à sa mère, Andromaque, je l'offrirai volontiers à mon fils lorsque nous aurons pris Troie. Tu sais, une captive de guerre est un butin. Qu'importe ses larmes et sa tristesse! Ainsi va le monde! Les vaincus sont humiliés et seuls ceux assez forts pour survivre dominent cette terre. Ce n'est pas de ma faute s'ils ne savent pas se défendre correctement.

La prochaine fois que tu m'écris, dis-moi ton nom, sinon je ne te répondrai pas.

Achille