Ne te morfonds pas tant
       

       
         
         

Alexandre

      Salut à toi Achille aux pieds rapides, héros des héros.

J'ai lu quelques missives dernièrement par l'intermède du dieu Dialogus et certaines m'ont touché au point que j'aurais bien transpercé de ma lance ces chiens. Par Zeus, comment ces simples mortels barbares osent-ils te manquer de respect à toi, le plus grand des héros. Toi, irrespectueux des femmes? Quelle blague! Je sais que tu as été très amoureux d'Iphigénie et que tu l'as respectée; pardonne-moi seigneur si j'ouvre de vieilles plaies, cher Achille, mais je veux seulement démontrer aux barbares qui t'écrivent qu'ils se trompent sur ton compte. Ils ne savent pas ce qu'est l'honneur, la guerre et ce que nous vivons depuis maintenant neuf ans; neuf ans que nous combattons loin de chez nous. Chaque fois que je vois un Troyen, je pense à ces neuf années et la douleur ne s'apaise qu'en le pourfendant de ma lance. Tu es fils de déesse, tu es donc demi-dieu et c'est pour cela que nous t'admirons tous. Tu es également le plus vaillant guerrier que nous ayons et cela m'encourage toujours à poursuivre cette guerre car je sais que tu es parmi nous et cela me donne du coeur au ventre. Je sais que ces derniers temps, une personne dont je ne donnerai pas le nom t'a offensé grandement et pour cela tu refuses de combattre désormais. Nous ne t'en tenons pas rigueur bien que nous éprouvions quelques difficultés contre ces Troyens dernièrement. Moi j'ai foi que tu reviendras combattre parmi nous bientôt. Ne t'en fais pas, l'Atride te rendra ce qui t'est dû et implorera ton pardon bientôt grand Achille. Ainsi nous pourrons enfin en finir avec ces maudits Troyens. Sache Achille que je t'accorde ma plus grande confiance et que j'ai pour toi le plus grand respect.

Ton dévoué serviteur,
Alexandre.

 

       
         

Achille

      Salut à toi mon frère qui combat avec courage sous les hauts remparts d'Ilion!

Tes mots ailés sont du miel pour mon coeur! Mais, dis-moi mon brave ami, pourquoi cette tablette d'argile? Ton campement est-il installé si loin du mien ou est-ce une timidité inutile qui te retient loin de ma baraque? Tous les alliés sont bienvenus chez moi, sache-le Alexandre. Ne manquez-vous de rien, toi et les tiens? Avez-vous du gibier ou du vin en abondance? Si tu veux, nous pourrons aller chasser ensemble sur le mont Ida.

Je suis sensible à tes paroles et à ta misère. Je sais la vie dure que tu mènes avec tes frères guerriers. Athéna et Héra nous aiment et nous apportent le support des bienheureux Immortels. Bientôt cette cité sera prise et nous pourrons nous en aller sur la plaine marine. Comme tu dois aussi en rêver de ce retour! As-tu parents, femme et enfants qui t'attendent patiemment?

Ne sont-ils pas en vérité fourbes ces mortels de demain? Ils ne respectent plus les dieux! Ils combattent, mais dénigrent le combat! Ils méprisent les héros et vénèrent les faibles! Je ne les envie pas. La vie que nous menons n'est-elle pas plus digne de notre nature?

Pour ce qui est de l'Atride, je me moque de ses prétentions! Le connais-tu bien, es-tu un homme d'Argos ou de Mycènes?

Que les dieux t'envoient de la vigueur au coeur!

Achille
         
         

Alexandre

      Salut à toi grand Achille,

Tes paroles m'ont apporté le plus grand des réconforts et j'accepte avec plaisir ton offre d'aller te visiter dans ta baraque dès que j'aurai soigné mes plaies. Le dernier combat m'a laissé des blessures encore difficiles à guérir mais je suis sûr que les dieux me préserveront de la mort et que je pourrai bientôt reprendre le combat. Je dois t'avouer cher Achille, que les provisions commencent à manquer un peu, les Troyens en ont brûlé une partie, mais je leur ferai payer cet affront dès que je serai sur pied. Aussi nous devons aller chasser d'ici peu sur le mont Ida afin de renflouer nos vivres, alors allons-y ensemble comme tu me l'as si généreusement offert. C'est un honneur pour un simple soldat que d'aller chasser avec le grand Achille.

Je ne connais pas bien l'Atride, je suis un soldat d'Ithaque et mon roi est Ulysse «le rusé»comme on l'appelle. J'entends quelquefois mon roi parler du roi de Mycènes et il le décrit comme un homme assoiffé de pouvoir mais un homme généreux à ses temps, je n'ai rien entendu de plus. Je rêve de notre retour sans arrêt et encore plus maintenant que je sens la chute d'Ilion dans quelques lunes même si le camp subit des défaites incessantes ces derniers temps. J'ai une épouse à Ithaque qui m'attend, j'ai une fille également, elle a trois ans; du moins, l'avait-elle lorsque je suis parti guerroyer, comme elle doit être grande maintenant. En dernier lieu, je t'approuve pour ce qui est des mortels de l'avenir. Ils sont fourbes et faibles. Ils nous méprisent sans nous connaître. Ce sont de petites gens, leur époque est bien mauvaise. Je préfère la nôtre, elle est tellement plus belle et les dieux sont avec nous. Je les prie sans arrêt de nous redonner la victoire et qu'Ilion tombe enfin. Elle tombera Achille, et nos noms resteront immortels. En vérité, le tien seulement franchira les âges; je ne crois pas que les gens se souviennent de moi dans quatre ou cinq siècles.

Que les dieux te protègent grand Achille.

Alexandre

 

       
         

Achille

      Khairé Alexandre!

Je le connais bien, le nourrisson de Zeus, Ulysse aux mille ruses! Il vient souvent dans ma baraque pour partager le banquet avec nous. Je n'approuve pas toujours ses détours obscurs, mais je dois lui accorder, par la déesse aux yeux pers, qu'il est fort intelligent. Tu dois savoir que c'est lui qui m'a découvert à Scyros, alors que tous s'étaient laissé berner par les apparences de jeune fille de mon visage et de ma tenue!

Trêve de discussion! Je t'écris pour t'annoncer que tes souffrances verront leur terme avant que l'aurore aux doigts de rose n'ouvre les portes au Jour. Je t'envoie des esclaves, des femmes aux mains habiles que j'ai prises à Thèbes et à Lesbos, avec du vin et des moutons gras. Machaon, accompagné de deux hérauts de confiance, ira te soigner. Fais-lui confiance, il est fils d'Asclépios et détient l'art de guérir. Il vient de Thessalie tout comme moi et est un de mes plus chers compagnons. Reçois-le avec honneur, sers-lui le pain, le vin et les viandes comme il sied à un invité tel que lui.

Lorsque tu iras mieux, nous irons chasser ensemble et ensuite nous ferons un grand banquet où tous sont égaux.

Herrôssô!

Achille