Mélissa
écrit à

   


Achille

     
   

Mon héros

    Bonjour, Ô grand Achille!

Je t'écris cette lettre pour te faire part de mon admiration pour toi. Certains pensent que tu n'es qu'un barbare, mais moi je sais que tu es très sensible et que, sous ton épaisse armure, se cache un coeur en or. Vraiment je te respecte et je te trouve très brave. Tu es mon héros, je crois en toi et je te considère comme un dieu, même si, sans vouloir t'offenser, tu n'en es pas réellement un. Je crois que j'ai succombé à ton charme. J'espère sincèrement que tu me répondras.

Affectueusement,

Mélissa



Merci pour ton amour, tendre Mélissa.

Que les dieux te soient favorables.

Achille



Ô grand Achille,

Je n'espérais plus de réponse, mais je me doute que tu dois être très occupé.

Je voudrais savoir une chose: comment as-tu géré la tristesse de la mort de ton ami Patrocle? Cela s'est-il atténué avec le temps? Moi-même je ne sais comment faire: la vie de mon cousin de quatre ans ne tient plus qu'à un fil et il est ce que j'ai de plus beau dans ce monde de brutes. Aide-moi à gérer ce stress, s'il te plaît; j'ai besoin de penser à autre chose.

Mélissa



Douce Mélissa,

Comment te dire combien j'ai ressenti de tristesse à entendre le malheur qui te ronge le coeur? Que te répondre qui puisse alléger ta peine, alors que moi-même je souffre de la disparition de mon bien-aimé? Ne dit-on pas qu'Hadès est invulnérable et que les âmes humaines lui appartiennent bien avant leur premier souffle? J'ai peur de t'avouer la vérité, mais rien de ce que je pourrais dire ou faire n'empêchera la mort d'emporter ton cousin si telle est sa destinée. Je n'ai pas su éloigner la mort pourpre de mon Patrocle et je ne l'ai toujours pas accepté. Mon coeur se révolte toujours et ne trouvera de repos que lorsque mon grand corps tombera inerte dans la poussière. Peut-être en sera-t-il de même pour toi. Je sais, ce n'est pas très réconfortant ce que je te dis, mais je n'ai pas la force de mentir et de dire que la mort n'est rien et que le coeur ne souffre pas de perdre des êtres chers. C'est une douleur qu'il faut porter, bien qu'elle nous ploie l'échine. Tu n'es pas seule; tout être qui marche sur la terre est voué à pleurer ceux qui sont dans l'autre monde.

Ma douleur comprend la tienne.

Achille



Grand Achille,

Je te remercie pour ton soutien moral qui me fait chaud au coeur. En ce moment j'ai l'impression d'être seule, je ne peux montrer mes faiblesses au grand jour, donc je les enfouis en moi. Mais assez parlé de moi. Parle-moi de toi s'il te plaît, de tes histoires, de tes batailles... Tout cela m'intéresse énormément, je meurs d'envie de savoir comment tu vis! Sache que je te respecte énormément, ô grand Héros! Je pense avoir succombé à ton charme, comme beaucoup de jeunes femmes je suppose!

Je te salue affectueusement,

Mélissa, qui t'est dévouée corps et âme.


Pourquoi ne peux-tu pas exprimer ta douleur au grand jour? Quand Patrocle est mort, j'ai hurlé toute ma détresse, pleuré comme un enfant, coupé mes cheveux et recouvert ma tête de cendre.

Que puis-je te raconter qui ne soit déplaisant à ton coeur de femme? Car ici, je ne vis que de batailles et de sang. La nuit tombée, lorsque je rentre à ma baraque et que je laisse le vin me réchauffer, je redeviens un homme dans toutes ses faiblesses. C'est avec cet homme que tu corresponds. Mais le jour, ma tendre amie, je suis tout autre et tu ne verrais plus que le lion enragé en moi. Mon bras saccage tout sur son passage. Les guerriers hurlent en ma présence, implorent ma pitié. Ils implorent en vain car je n'épargne aucun d'eux, je ne fais aucun prisonnier, je les extermine tous. Mon corps est couvert du sang de mes ennemis, je suis méconnaissable. Quand je vêts mes armes et me lance à la tête de mon armée, je ne suis que vengeance et violence. Je ne raisonne plus. Aujourd'hui seulement, j'ai massacré une centaine d'hommes, m'acharnant à démembrer leur dépouille bien après le trépas. Je te le dis, je ne raisonne plus.

Assez! Mes douces esclaves près de moi, je joue de la lyre pour endormir ma douleur. Je veillerai le corps de Patrocle toute la nuit, m'enivrant jusqu'au matin. Je n'ai pas ta force, je ne peux pas taire mes souffrances.

Achille

Cher Achille (si tu me permets de t'appeler cher),

Je suis loin d'être aussi forte que toi, je refuse seulement de laisser ma peine me détruire. Je crois savoir que Briséis est la prêtresse d'Apollon (arrête-moi si je me trompe); je souhaite devenir également prêtresse mais je ne sais comment faire. Cela ne me dérange pas de me priver des hommes car je ne crois plus en l'amour d'un homme pour une femme.

Affectueusement,

Mélissa


Douce Mélissa,

Briséis est UNE prêtresse d'Apollon et non LA, car elles sont nombreuses de par le monde à servir le dieu. Si tu souhaites dédier ta vie à ce culte, tu devrais te renseigner auprès du temple de ta cité.

Quelle souffrance as-tu subie pour repousser ainsi l'idée d'appartenir à un homme?

Achille


Cher Achille,

Trop d'hommes m'ont fait souffrir, car, vois-tu, a mon époque, les hommes n'ont aucun respect pour les femmes. Je ne sais comment t'expliquer à quel point ils peuvent nous faire souffrir moralement. Évidemment tu ne peux comprendre car à ton époque, cela n'est point révoltant. Je n'insinue pas que tu ne respectes pas les femmes, car je sais que tu es un homme très respectueux, mais beaucoup d'hommes a ton époque considèrent que les femmes sont là pour les servir et non pour vivre!

Tendrement,

Mélissa


Je sais que nous les hommes pouvons être très cruels envers les femmes. C'est un tort, je le sais et j'en suis désolé. Patrocle déplorait beaucoup cela, lui dont le coeur était plus tendre que celui d'une femme.

Achille


Ne t'en fais pas, je ne vous en veux point car je sais que c'est dans votre nature et que les hommes seront toujours considérés comme plus forts que les femmes, bien que je doute de cela. Mais nous ne pouvons pas changer la nature des hommes, malheureusement... Mais il est vrai que les femmes ne seraient rien sans les hommes.

Affectueusement.

Mélissa


Et les hommes ne seraient rien sans les femmes...

Achille