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Melissa
écrit à

Achille


Mon bel ami


   


Achille, cher ami,

Il y a de cela quelques mois, nous avons échangé de nombreuses missives, et nous nous sommes livrés l'un à l'autre dans des confessions qui sont aujourd'hui chères à mon cœur. J'ai malheureusement arrêté de t'écrire, et ce pour des raisons indépendantes de ma volonté. L'école me prend énormément de temps; de plus, j'ai décidé de reprendre ma vie en main, ce qui implique que je sois de plus en plus souvent dehors, en compagnie de ceux que j'aime. Tout cela me fait d'ailleurs le plus grand bien, et je continue, comme tu me l'avais conseillé, à honorer la mémoire de mon être aimé, disparu depuis maintenant un an.

Cependant, tes lettres et tes mots réconfortants me manquent. Je ne sais si tu accepteras mes excuses, je comprendrais par ailleurs que tu ne répondes plus à mes courriers. J'ai après tout négligé certains de mes devoirs, je l'admets, le reconnais et le regrette. Quoiqu'il en soit, je tiens à faire amende honorable. Comment te portes-tu, noble Achille? Conte-moi encore tes batailles, tes états d'âme, continue à me faire rêver.

Avec toute mon affection,

Melissa


Douce amie,

Ne crois pas que je te tienne rigueur de cette absence, de ce silence; jamais je n’en ai été vexé. La vie nous entraîne parfois loin de ceux qu’on aime, mais cela ne veut pas dire que nous ne pensons pas à eux. Je suis là pour toi, peu importe le temps et la distance, je veux que tu le saches.

Les combats sont présentement suspendus, mais la trêve s’achèvera bientôt et je suis impatient de décimer les troupes troyennes et leurs alliés. As-tu appris que j’ai finalement dompté le prince Hector? Il est mort et Patrocle est vengé. Mais la vengeance, aussi douce soit-elle, n’a pas rendu ses sourires à mon cœur. Mes pensées sont toujours sombres et mon âme tourmentée. Je hais Hector plus que jamais et si je garde son cadavre près de moi pour le mutiler, ma colère ne s’en apaise pas. Je voudrais, comme toi, reprendre le cours de ma vie, mais je n’y arrive pas.

Tu attendais de moi des mots de réconfort et voilà que je t’entretiens de sujets morbides et inappropriés pour une dame. Quel ami je fais! C’est moi qui devrais implorer ton pardon et celui des tes parents pour mon discours déplacé. Heureusement, tu es douce et bonne et je sais que tu comprendras que ma détresse est grande et me fait perdre raison et bonnes manières.

Que les dieux te gardent leur affection!

Achille


Tendre ami,

Je te remercie de ta compréhension. Cependant, cela n'apaise guère mes remords. Je t'ai abandonné dans les moments les plus difficiles, grand est celui capable de pardonner une telle infamie. Ta bravoure n'a donc d'égale que ton cœur, doux et respectueux, bien que nombreux soient ceux qui en doutent. Savoir que tu restes auprès de moi malgré mon soudain éloignement me remplit d'une joie certaine, et je suis désormais consciente que tes amis comptent beaucoup pour toi. J'admire ta loyauté, mon ami.

Voilà qui est triste. Seulement, il est vrai que la vengeance, aussi délicieuse soit-elle, ne peut que te conforter dans ta peine, et non l'atténuer. Tendre Achille, quand comprendras-tu que la violence n'est pas toujours une solution? Je sais bien que là est ta vie entière, et que ta douleur te semble insupportable. Pourtant, je ne peux qu'espérer qu'un jour, tu verras les choses autrement. La vie n'est pas qu'une succession de morts, crois-le bien. Le soleil, le ciel, les oiseaux, les gens que tu aimes... Seuls les plaisirs simples pourraient un jour te redonner le sourire. Malheureusement, j'ai bien l'impression que tu ne t'autorises plus ce genre de choses. Le regret peut-être? Je ne le sais pas. Toutefois, te savoir si torturé me rend tellement triste!

Ne t'en fais pas. Tu es un ami extraordinaire, bien que tu ne le saches pas. Peut-être ne te le dis-je pas assez? De mon temps, les dames hésitent trop à faire des compliments à certains hommes; je suis de celles-là, de toute évidence. Il faut dire que nombreux sont ceux qui profitent des doux mots que nous leur murmurons à l'oreille. Quoiqu'il en soit, ne doute jamais de toi. Tu es un homme courageux, attentif et désireux d'apaiser mes peines. L'un des meilleurs que je connaisse.

Que tes dieux te protègent,

Melissa

Tendre Melissa,

Tu es une femme, toujours prête à parler de paix et à condamner la violence. Tu dis que ce n’est pas une solution, et peut-être as-tu raison, mais le contraire n’est pas nécessairement vrai. Ma douleur, comme tu le dis, passera. Que je sois violent ou pas n’y changera rien. Pourquoi alors me priverais-je? Ma souffrance est certes insupportable, mais laisser mes ennemis s’en tirer aisément l’est encore à mes yeux. C’est sans espoir, douce amie, je suis celui que je suis…

Quoiqu’il en soit, tes compliments, ton amitié et ta douceur m’apportent un grand réconfort et je prie les dieux de t’accorder tous les bienfaits qui te reviennent de droit, toi qui as tant souffert malgré ton jeune âge.

Sois assurée de mon amitié!

Achille


Cher ami,
 
Aussi étrange que cela puisse paraître, je comprends parfaitement les raisons qui te poussent à désirer la mort de tes ennemis. Je le souhaite aussi, bien que je ne cautionne aucune forme de violence ni ne la tolère. L'homme -que dis-je, peut-on parler d'être humain afin de qualifier ce monstre?- qui a assassiné sans remords celui que j'ai aimé de tout mon cœur, celui-là mérite de mourir. Et pourtant, il est emprisonné dans une prison dans laquelle il est à l'abri de toutes les guerres, de tous les maux du monde. Il en sortira sans doute dans quelques années, d'ailleurs. Cette triste pensée me remplit d'amertume. Alors oui, je comprends, tendre Achille, ce que tu ressens. Malgré cela, j'espère vraiment que tu fais attention à toi. Je ne peux veiller sur toi mais te soutiendrai dans tout ce que tu entreprendras, alors, sois prudent, s'il te plaît.
 
Avec tout mon amour.

Melissa


Tendre amie,
 
Ton amitié me touche. Malgré ta position ferme, tu sembles faire exception pour moi. Tu ne tolères aucune forme de violence et pourtant tu te joins à moi pour détester mes ennemis. Je suis sans voix. Sache que mon bras est à ta disposition et que tes ennemis sont désormais les miens également.
 
Ne crains pas pour ma vie, je l'ai déjà vécue, et chaque pas vers l'Hadès me rapproche de mon Patrocle, car en vérité, il n'y a que lui pour donner du sens à la vie ou à la mort.
 
Achille

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