Ménélas
       

       
         
         

Viviane

      Grand héros, je te salue!

J'ai une vague connaissance de ton histoire. L'on peut dire que je la connais bien, mais il y a beaucoup de choses qui m'échappent. Je ne voudrais en aucun cas te révéler ton avenir, car je ne suis point la princesse Cassandre. De plus, mes prédictions pourraient changer le destin!

Je voudrais savoir, grand Achille, si tu connais bien Ménélas? Est-il comme son frère que tu sembles détester au plus haut point? Crois-tu qu'Hélène l'aime vraiment ou bien qu'elle n'a eu d'autres choix que de subir son sort? Car n'a-t-elle pas été presque «tirée au sort»?

Je sais que tu recherches richesse et gloire et je ne désapprouve nullement cela. Mais sache, noble guerrier, que, pour ce qui est de la gloire, elle t'est déjà acquise. Je ne dis pas cela pour te flatter, je ne dis que la vérité. Dans l'époque où je vis, ton nom est bien connu, même si rares sont ceux qui connaissent ta vraie histoire.

Voilà! Je crains que ma missive ne soit un peu longue. Mais je te prie d'accepter tout mon respect!

Viviane

 

       
         

Achille

      Khairé femme Viviane!

Si je connais Ménélas? Oui et non. Je connais ce que j'en ai vu et ce qu'on en a dit, mais un homme est bien davantage que ce qu'on en voit et ce qu'on en dit.

Ménélas a moins d'ambition que son frère Agamemnon, peut-être parce qu'il est le cadet. Tu sais peut-être que le père d'Agamemnon et de Ménélas s'appelait Atrée et qu'il fut en grand conflit avec son frère Thyeste, eux-mêmes fils d'Hippodamie aux beaux cheveux et du fier Pélops. Seul Agamemnon revint à Argos pour chasser les usurpateurs. Ménélas demeura à Sparte, à l'abri de ces grandes querelles. Ce n'est pas par manque de courage, car sa bouche est toujours prête pour le cri de guerre, mais c'est qu'il avait une plus grande conquête à y faire: le coeur de la belle Hélène, que de nombreux prétendants sollicitaient déjà, bien qu'elle ne fut pas encore en âge de se marier. Lorsque Agamemnon revint d'Argos, où il était devenu souverain, il enleva Clytemnestre, soeur d'Hélène, et en fit son épouse. Pendant ce temps, Hélène avait vieilli et Tyndare, le grand roi de Sparte, se voyait dans un grand embarras. Comment, en effet, choisir un mari pour sa fille tant convoitée sans risquer d'offusquer l'un ou l'autre des princes? C'est, comme tu le sais peut-être, Ulysse qui trouva la solution à cette impasse, en suggérant le serment des prétendants, serment qui obligeait tous les princes à respecter le choix d'Hélène et à mettre son armée à la disposition de l'heureux élu. Une si jolie femme est grandement susceptible de se faire enlever! Hélène a choisi Ménélas. Était-ce parce qu'elle l'aimait? J'en doute fort, bien que cela soit possible. Tyndare a dû recommander fortement à sa fille de choisir Ménélas; les Atrides sont une puissante famille et Sparte avait tout avantage à s'unir à eux. De plus, les femmes n'ont pas à choisir l'homme qui réchauffera leur couche et leur donnera des enfants. L'amour n'assure pas le bonheur et un père peut mieux juger qu'une jeune fille exaltée des capacités d'un homme à pourvoir aux besoins de sa femme et de ses enfants.

Lorsque la Sainte cité d'Ilion ne sera plus que cendre et ruines, comment crois-tu qu'Alexandre, qui brûlera comme tous les siens, pourra assurer la sécurité d'Hélène? Il ne le pourra pas et le sort de la divine fille de Zeus dépendra de la bonne volonté de Ménélas. Il parle sans cesse des atrocités qu'il lui fera subir lorsque nous prendrons la cité aux fortes murailles, mais le connaissant, il s'agenouillera devant elle pour la supplier de revenir auprès de lui et de leur fille. Je crois fermement qu'Hélène n'aime pas Ménélas, mais lui, il en est amoureux fou!

Ta lettre ne fut pas trop longue, femme, mais peut-être que la mienne l'est? En ce cas, pardonne-moi, car le vin puisé au cratère me délie la langue.

Achille