Celle
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Achille
Achille

     
   

L'histoire de votre vie

    Je n'arrive pas à concevoir que je suis en train de vous écrire! Je vous respecte autant que les autres personnalités de Dialogus et j'espère que nous allons bien nous entendre.

J'aimerais vous poser certaines questions plus ou moins personnelles, alors excusez mon audace si l'une d'entre elles vous semble indiscrète. Votre vie, sous différents angles, fut source de combats sans fin, de tueries, et votre nom est souvent lié à la colère, à la fureur et aux sentiments haineux. Dans notre siècle, vous représentez L'Homme aux charmes extraordinaires et au courage digne d'un Lion.

Mais cela ne me suffit pas. Je veux connaître en profondeur Achille, l'homme, et ensuite Achille l'«Homme». Je veux savoir ce qui a fait de vous ce personnage si important de nos jours.

Vous rendez-vous compte que vous avez joué un rôle des plus grands dans notre histoire?

-Pouvez-vous vous rendre compte que vous êtes admiré pour vos prouesses?

-Comment décririez-vous une journée dans votre vie?

-Sur quoi votre éducation a-t-elle été fondée? L'art du combat?

-Combattriez-vous pour l'amour? ou la justice? ou l'honneur (comme il est question bon nombre de fois lors d'un combat)?

-Êtes-vous soucieux avant de combattre un ennemi, ou êtes-vous confiant?

-Qu'en pensent les gens qui vous aiment? N'avez-vous pas peur qu'on leur fasse un quelconque malheur?

-Avez-vous des crises d'humeur? (comme des crises de sensibilité où vous vous mettez à avoir du chagrin sans aucune raison apparente; ou des crises de colère où vous êtes furieux sans raison, là non plus...) 

-Une femme, pour vous, que peut-elle représenter dans votre vie?

-Avez-vous déjà souffert sentimentalement? 

Voilà quelques questions qui me trottinaient dans la tête.

En espérant avoir la chance de vous reparler, 

Celle


Salut à toi,
Celle qui porte l'assurance en bouche,
Celle qui pose mille questions,
Celle qui veut savoir.

Comment te résister? Comment te refuser quoi que ce soit? Tu as le ton de ces prêtresses qui font s'incliner même les rois. J'en ferai de même.

Je suis respecté de mes pairs aussi, mais, oui, on m'a déjà raconté l'importance que mon nom aura. J'en suis très satisfait. Oui, je suis la colère, la rage, la haine et la violence, mais je suis aussi la puissance, la vaillance, le courage et l'indomptabilité. Cette supériorité physique, que tous ces chiens de demain méprisent, subjugue, qu'ils le veuillent ou non. Personne, jamais, ne me forcera à m'agenouiller. Combien de gens peuvent en dire autant?

Une journée dans ma vie... Laquelle? Celle lorsque j'étais un jeune enfant? Patrocle vivait dans la maison royale de mon père et je m'endormais dans ses bras puissants, ensorcelé par la douceur de sa voix. Mon bon maître Phoenix veillait avec tendresse sur mon apprentissage et mon excellent père m'adorait. Ce fut une époque bénie. Ensuite, vint le temps des adieux. À l'âge de sept ans environ, ma mère, la déesse Thétis, me confia aux  bons soins du centaure Chiron, qui m'éduqua pendant deux années, à son plus grand désespoir. Oh! J'écoutais ce qu'il me disait et je le respectais au plus haut point, mais, vois-tu, je m'étais fait dès le départ ami avec un groupe de centaures fort indisciplinés et ça ne m'a pas vraiment servi. Quoique les habiletés que j'ai acquises avec eux m'ont toujours servi. Nous bougions vite, nous étions impitoyables et brusques, nous terrorisions des villages entiers, bref, nous étions de jeunes écervelés enivrés. Le temps que je passais avec Chiron était bien différent. Il m'enseignait à pratiquer les différentes formes de combats, la chasse, même désarmé, mais aussi à guérir, à chanter et à penser. Chiron est le meilleur maître existant, mais mon exubérance m'empêchait de bénéficier totalement de son enseignement. Au bout de deux ans, il supplia ma mère de me  reprendre, ce qu'elle fit. Ensuite, elle me convainquit, pour éviter de participer à la guerre, de me cacher sur l'île de Scyros, dans la maison du roi Lycomède, sous les traits d'une jeune fille nommée Pyrrha. Je sais, c'était une bien mauvaise idée. Ça n'a pas duré non plus, Ulysse le rusé n'a pas tardé à me localiser et à me faire agir «en dehors du personnage». Que veux-tu, ce sont les armes qui m'attirent, pas les tissus et les bijoux! En fin de compte, cette histoire de Pyrrha a eu du bon puisque j'ai rencontré ma femme, Déidamie, et d'elle j'ai eu un fils, Néoptolème. Ensuite, j'ai suivi Ulysse sur la mer où j'ai revu mon bien-aimé Patrocle.

Maintenant, depuis neuf années, je vis dans ma baraque. Patrocle est mort. Je combats le jour, je dors la nuit. La vie n'est qu'une suite de souffrances. Heureusement, les dieux m'ont promis une vie courte si je me lançais sur le chemin des combats. J'en suis heureux à présent, d'une certaine façon.

Combattre par amour, justice ou honneur sont également acceptables, mais la plupart du temps, surtout lorsqu'ils clament très fort le contraire, les hommes se battent pour le pouvoir, pour la supériorité.

Ni soucieux, ni confiant, mais puissant, hors de ce monde. Le combat m'entraîne dans un lieu où les émotions ne comptent pas. C'est définitivement pourquoi je m'y sens si bien.

Je suis très protecteur avec ceux que j'aime, mais il m'est impossible d'être toujours présent. Parfois, des catastrophes se produisent, des gens que j'aime meurent et je n'y peux rien. Personne n'y peut rien. C'est comme cela. On pourrait dire que mon humeur est changeante. Surtout lorsque mon monde s'écroule en une fraction de seconde. Pas toi?

Les femmes sont très présentes dans ma vie. Tout autant que les hommes, mais différemment. Je suis comblé à la fois par la douceur des femmes et par la compagnie concrète des hommes. Cependant, la douleur récente d'avoir perdu Patrocle rend tout cela bien futile. Mes amantes ne me plaisent plus, même Briséis me laisse indifférent, et mes frères d'armes ne m'importent plus, je combats seul. J'ai perdu le seul lien me retenant encore à ce monde, alors, oui, je souffre sentimentalement, comme tu dis.

J'espère avoir su répondre à toutes tes questions. La lune est haute, je vais dormir!

Achille


Que votre vie semble remplie! Oui, c’est le mot exact.

De l’amour ou du combat, vous semblez user des deux, ce qui fait de vous l’homme que vous êtes aujourd’hui. Plutôt qu’aujourd’hui, de cette époque.

Que je vous dise quelque chose: les écervelés de votre époque ne sont pas différents de ceux que l’on trouve de nos jours. Une jeune personne est toujours une jeune personne et aucun enseignement ne peut combler l’esprit révolutionnaire de cette jeunesse, donc je vous comprends certainement.
 
Vraiment, l’amour, pour résumer l’affaire, est plus dangereux que le combat. Voyez-vous, au combat, on peut perdre une main, on peut perdre sa tête au pire des cas, mais dans l’amour, beaucoup de choses sont mises en jeu. Sa femme, son enfant, son âme… Je suis quand même navrée de vos problèmes. Je suis sûre que tout s’arrangera, avec ou sans l’aide des dieux car, si vous ne le savez pas encore, les dieux ont beau exister, c’est l’homme qui crée de ses mains son propre destin.
 
Espérons que l’on continuera à s’écrire et merci de votre attention.
 
Celle



Les dieux eux-même respectent et sont soumis au Destin. Je n’ai pas peur de mon destin et j’ai toujours fait mes choix moi-même.
 
Achille