Retour en page d'accueil de Dialogus

Allan
écrit à

Achille


Lettre à Achille


   

Cher Achille,

Je m'appelle Allan, j'ai treize ans. Je voulais te demander combien de personnes tu as tuées pour sauver ton royaume.


Salut à toi, Allan!

Tu as treize ans et donc, tu es maintenant un homme. Je peux m’adresser à toi en tant que tel. Je ne te cacherai pas que la guerre est terrible. Il faut y aller, car la défense de la cité est un devoir sacré; cependant il est toujours cruel de voir de jeunes hommes être fauchés et mourir la face dans la poussière.

Je n’ai jamais compté mes victimes. Je ne me réjouis pas du nombre d’hommes qui périssent par mon bras. Cela serait abominable! Je garde mémoire et ressens une forme de fierté de l'issue de mes combats contre certains chefs et rois célèbres, tous des guerriers aguerris, mais je ne tire aucun plaisir viscéral de leur mort. Même avec Hector, la victoire fut douce-amère. Les hommes surestiment les bienfaits de la vengeance.

Puisses-tu, mon cher Allan, vivre une vie longue et prospère et que les fortifications de ta cité te protègent des maux d’Arès!

Achille


Désolé de te déranger, Achille: c'est encore moi, Allan. Je voulais te dire merci d'avoir répondu à ma lettre. Tu es la première personne à qui je parle sur Dialogus et je suis touché.

Bref! je voulais te demander si tu te rends compte que tu es considéré comme un vaillant et preux guerrier par tout le monde. Personnellement, je t'adore, tu es mon personnage préféré!

Avant de mourir, as-tu pensé à quelqu'un ou pas? À quelqu'un de très cher à qui tu vas manquer ou pas?

Bon, voilà, j'ai tout dit; j’espère que tu vas me répondre.

Au revoir, cher Achille,
                      
Allan, du haut de ses treize ans



Salut Allan,

Je te remercie pour tes compliments. Malheureusement, toutes ces qualités que tu énumères ne m’ont pas apporté le bonheur. Bien au contraire, elles ont entraîné mon malheur, puisque j’ai perdu la seule personne qui comptait réellement à mes yeux, mon ami Patrocle, qui est mort sans que j’aie pu le protéger de mon bras. Je découvre que la vie sans lui me laisse indifférent.

Je présume que mes chefs de régiment et compagnons d’armes pleureront ma mort lorsqu’elle surviendra, car en ce moment, je suis bien en vie et je combats toujours sous les remparts de Troie. D’autres aussi déploreront mon trépas lorsqu’il aura lieu. Briséis et toutes mes captives de guerre, ma femme, mon fils, mon père, ma mère, ma sœur… Ils pleureront et, un jour, viendront me rejoindre au séjour des morts. Quant à moi, il me tarde de mourir afin de retrouver Patrocle.

Que les dieux te soient cléments!
 
Achille



Bonjour cher Achille,

Désolé de te déranger mais je suis quelqu'un de sincère. Tu peux donc me croire quand je te dis que tu es quelqu'un de bien.

Bien sûr, je comprends que Patrocle te manque, mais continue de veiller sur Troie: je suis sûr que, du ciel, Patrocle veille sur toi et veillera toujours sur toi.

Je te laisse,
             
Allan



Salut Allan!

Tes messages me font un grand plaisir. Ne va pas croire que tu m’importunes. Bien au contraire! Tes mots d’encouragement sont un véritable baume pour mes plaies.

Pour mes contemporains et moi, seules les divinités résident dans les cieux. Les êtres humains qui trépassent vont tous aux Enfers. C’est le séjour des morts. À notre décès, nous descendons sous terre et nous nous soumettons au pouvoir des souverains infernaux: Hadès et son épouse Perséphone. Là, nous sommes jugés par un tribunal. Pour moi, ce sera l’occasion de retrouver Patrocle, mais aussi tous mes frères d’armes, tombés sur le champ de bataille, avec lesquels j’espère partager un grand banquet éternel.

Achille



Bonjour Achille,

Merci de répondre à mes lettres aussi vite (j'en ai envoyé une à Molière mais il ne m'a toujours pas répondu).

Sinon moi je ne sais plus trop quoi te dire. En revanche, si ça ne te dérange pas et que ce n'est pas trop indiscret, je voudrais connaître toute ta vie, c'est-à-dire, ce que tu préfères, tes goûts, tes amours, bref, tout ce qui t'est arrivé. Tu as le droit de ne pas me répondre: je comprendrais; c'est ta vie, pas la mienne.

Enfin voilà, je te laisse,
       
Allan, toujours le même!


Te raconter ma vie? Tu n’as pas idée, Allan, de ce que tu me demandes. Je veux bien tenter de te résumer les grands moments, mais tout ce que je dirai sera terriblement réducteur. Cependant, je ne ressens aucune réserve à te la raconter.

J’ai été élevé à Phthia, en Thessalie, par mon père, le roi Pélée. C’est à cette époque que j’ai connu Patrocle et qu’il est devenu mon meilleur ami. Ensuite, mon père m’a confié à un maître d’entraînement, le centaure Chiron. J’ai vécu avec lui sur le mont Pélion pendant quelques années. Au départ, j’étais très obéissant mais je me suis laissé entraîner par les autres centaures, buveurs et querelleurs, et j’ai commis quelques crimes peu reluisants. Ma mère, la déesse Thétis, ayant été avisée de ma mauvaise conduite, m’a retiré de la garde de Chiron et m’a confié à son ami, le roi Lycomède, sur l’île de Skyros. Là, j’ai vécu déguisé en fille sous le nom de Pyrrha. Ma mère disait que je devais me cacher pour préserver ma vie et je l’ai crue. Pendant trois ans, j’ai vécu avec une demi-douzaine de jeunes filles et je suis tombé amoureux de la princesse, Déidamie, qui m’a donné un fils, Néoptolème.

Ensuite, j’ai retrouvé mon ami Patrocle et je suis allé à la guerre avec la coalition dirigée par le roi Agamemnon. Nous avons investi l’Asie et depuis ces neuf dernières années, nous nous sommes faits maîtres de nombreuses cités au Nord comme au Sud. Cependant, la riche et puissante ville de Troie, celle-là même que nous sommes venus prendre, demeure bien protégée derrière ses remparts titanesques. Le prince troyen Hector ayant tué mon ami Patrocle, je l’ai affronté et terrassé. Depuis, chaque jour et jusqu’à ma mort, je me bats, espérant rencontrer un ennemi qui saura me dompter.

Et toi, ami, quel genre de vie mènes-tu? Raconte-moi ce que tu fais.

Que ta vie soit longue et prospère!

Achille

************************Fin de page************************