Vincent Beaubien
écrit à

   

Achille
Achille

     
   

Le talon

   

Achille,

Après quelques études à votre sujet, j'ai pu constater quelques faits à propos de votre personne et de vos actes. De ceux-ci me viennent quelques questions.

Premièrement, votre mère, une nymphe, vos a immergé dans le Styx pour vous rendre immortel. Cependant, elle n'aurait pu y tremper votre talon puisque qu'elle vous tenait par celui-ci. Étiez-vous au courant de cette faiblesse? N'avez-vous rien fait pour pallier cette «infirmité»?

Si vous y aviez pensé, il me semble qu'il n'aurait pas été difficile de vous protéger, ou de prévoir quelque armure. De là me vient une autre question: si vous étiez au courant de votre faiblesse et que vous n'avez rien fait, pourquoi vous êtes-vous laissé mourir? Le vouliez-vous? La gloire apportée par une mort héroïque est-elle pour vous plus valable que la vie? Aimiez vous la vie? Et votre assassin, qu'il soit Pâris ou Apollon, comment aurait-il pu connaître votre faiblesse? Comment aurait-il pu tuer un héros tel que vous? Avez-vous comploté avec les dieux pour qu'ils vous tuent? Avez-vous arrangé votre mort? Vous paraissez de prime abord très héroïque et prestigieux, mais vous faites tout de même partie de la longue liste des héros qui ont échoué... Vous figurez parmi les Bellerophon, Jason, Œdipe, Thésée ou Persée. N'êtes-vous pas fâché de ne pas avoir approché de trop près Héraclès? De ne pas avoir réussi à rejoindre les dieux? N'êtes-vous pas jaloux d'un héros avec beaucoup de prestige comme Héraclès (ou Hercule)? Et n'êtes-vous pas jaloux d'Ulysse qui a trouvé l'idée du cheval de Troie? De Thésée qui a vaincu le Minotaure? De Bellerophon qui a tué la Chimère? De Persée qui a tué Méduse? En fait qu'avez-vous accompli en tant que héros, hormis le maniement de l'épée?

J'aimerais des précisions sur ces sujets qui m'intriguent. Vous êtes certainement un grand héros, mais vous auriez pu faire mieux. Qu'en pensez-vous?

Merci!

Vincent Beaubien



Salut à toi, Vincent Baubien!

Tes écrits m'ont tout d'abord échauffé les sangs, mais ayant pris le temps de me calmer, je peux maintenant te répondre sereinement.

Je ne prétends pas mériter ma place parmi les dieux. Peut-être l'ai-je espéré à une certaine époque, alors que je sortais à peine de l'enfance et que les plus grands devins de l'Hellade prédisaient ma gloire certaine. Depuis ce temps, bien des choses ont changé. Neuf années à assiéger une cité peuvent changer un homme et elles m'ont littéralement retourné. Crois-tu que perdre Patrocle, mon bien-aimé compagnon, ne m'a pas ébranlé? Crois-tu qu'après une telle perte, je sois le même homme que celui qui a posé son pied sur la plage il y a neuf ans? Je voulais la gloire, le pouvoir, la supériorité. Je voulais que mon nom soit sur toutes les lèvres et qu'il soit accompagné des plus admirables épithètes. Je voulais être traité en héros, mais pas au prix de la vie de Patrocle. Je ne l'ai pas voulu et depuis sa mort plus rien n'a d'importance. Que mon nom se noie dans les ténèbres, que je sois oublié de tous, si cela peut me rendre mon adoré. Même les dieux sont impuissants à me le rendre et je ne désire plus qu'une chose, massacrer tous ces chiens de Troyens, tuer Hector, le regarder périr, me réjouir à la face de sa carcasse, puis rejoindre mon Patrocle dans l'Hadès.

Ceci étant dit, les devins n'avaient pas tort au sujet de ma gloire puisque les hommes parlent encore de moi. Pourrais-tu en dire autant?

Pour ce qui est de ma soi-disant faiblesse au talon, elle est inexistante. Une rumeur! Des ragots de centaures! La vérité est que ma faiblesse est pareille à la tienne: je suis mortel. Ma faiblesse est de pouvoir trépasser. Donc, oui, je me protège. Je possède une armure pratiquement invulnérable faite par le dieu Héphaïstos.

Je ne connais pas mes assassins, puisque je ne suis pas encore mort. Si c'est Pâris Alexandre qui est censé me tuer, je suis prêt à parier qu'il me tirera une flèche. Il ne sait rien faire de mieux, ce couard!

Que les dieux te soient favorables!

Achille