Olivier
écrit à

   


Achille

     
   

L'Achéen le plus valeureux

   

Salut à toi valeureux Éacide,

Je t'ai parlé, il y a longtemps de cela (voir mes missives dont le titre est «choix»), d'un grand rhapsode qui conta tes hauts faits ainsi que ceux des autres héros achéens et troyens. Il se fait que j'ai décidé d'approfondir ma connaissance de ce récit, et une question me vient spontanément à l'esprit.

Qui, d'après toi, est le plus valeureux guerrier s'illustrant sous les murs d'Ilion (toi excepté bien entendu, ton mérite et ta bravoure sont connus de tous)? Ménélas aimé d'Arès? Le très illustre Idoménée? Le brave Diomède? Ou un Troyen tel Hector ou Énée?

Mes amitiés à Patrocle et à toi.

Olivier


Achille te rend ton salut, Olivier!

Il est difficile de répondre à ta question. Ménélas est un très bon guerrier. Idoménée sait se faire respecter au combat, mais sans plus; les Crétois n'ont jamais fait d'illustre soldats. Quant au robuste Diomède, crains son bras car rien ne l'arrête. Je pourrais dire qu'il est un des meilleurs combattants ici, sous les remparts d'Ilion la bien située, mais c'est sans compter les deux Ajax qui côte à côte résistent au perçant Arès et font blêmir plus d'un Troyen. J'arrêterai donc ma préférence pour Ajax le Grand, mon bien-aimé cousin, qui sème la terreur autour de lui et effraie les hommes par sa grande taille. J'aime sa manière de combattre, comme un fauve enragé.

Tout cela n'a pas d'importance, car je suis le meilleur d'entre tous. Ils le regrettent maintenant mon bras, les Achéens aux beaux jambarts. Patrocle vient à peine de me supplier d'intervenir car ils souffrent de mon absence. J'ai autorisé mon ami à revêtir mes armes et à semer la terreur sous mon apparence - tout en prenant bien soin de ne pas trop s'avancer - car il ne faut pas que les Troyens enflamment nos vaisseaux et nous privent du doux retour.

Porte-toi bien, ami!

Achille


Salutation Achille au vaillant cri de guerre,

Merci d'avoir répondu à ma question. Il est évident que ta réputation n'est plus à faire, vaillant Achille. J'imagine que ma question a dû te sembler étrange, mais c'était pure curiosité de ma part.

Je me posais une autre question à ton sujet. L'Atride Agamemnon t'a proposé dernièrement, comprenant à quel point il avait été stupide de te spolier, d'immenses richesses pour s'excuser de t'avoir enlevé Briséis. Passons sur l'énumération de présents qu'il était prêt à te concéder. Pourquoi avoir refusé son offre? De plus, tu t'es dit prêt à réembarquer dans les nefs noires avec ton contigent de Myrmidons et à regagner l'Achaïe. Étaient-ce des paroles dictées par la colère ou du bluff? Quelles sont tes intentions en cette heure où la guerre fait rage?

Amicalement.

Olivier


Je suis étonné, ami, que toi aussi tu sois dupe de l'Atride. Ses présents, quoique dispendieux, il ne me les a pas offerts de sa main, mais a plutôt envoyé une ambassade pour demander mon pardon. Son repentir, il ne l'a pas prononcé face à moi et devant témoins, il a chargé d'autres bouches que la sienne d'accomplir son devoir.

Ce que Agamemnon aurait dû faire, c'est convoquer une assemblée et, devant les princes et les hommes d'armes réunis, me supplier de pardonner son arrogance, son irrespect, et faire chercher les présents qu'il veut me donner afin que tous constatent ce qu'il en coûte de m'offenser. Il m'a humilié en public, ses excuses doivent l'être aussi, publiques. Envoyer de mes amis plaider sa cause dans l'intimité de ma baraque est une insulte à ma valeur et à mon honneur.

Rester ou partir est une décision difficile à prendre. Thétis ma mère ne m'a pas autorisé à prendre la route du doux retour. Le soir, je promets qu'à l'aube quitteront mes navires et le matin, je n'en fais rien. J'attends, car Zeus a promis à ma mère d'intervenir en donnant de l'ardeur au coeur des Troyens. Lorsque l'armée troyenne et ses alliés se seront suffisamment approché de la flotte grecque, Agamemnon s'abaissera devant moi et touchera mes genoux. Ce jour-là, je reprendrai peut-être le combat et sauverai tous les hommes ayant traversé la mer Égée pour combattre Troie la bien située.

Herrôssô!

Achille


Salutations vaillant Achille,

En effet, je comprends dès à présent beaucoup mieux pourquoi tu n'as pas estimé ce repentir d'Agamemnon suffisant. Merci d'avoir éclairé ma lampe!

Encore une dernière question me taraude: considères-tu que les ruses d'Ulysse, fils de Laerte, sont une manière digne de vaincre ou de s'affirmer? De même, est-ce que l'arc, arme maniée par le puissant Teucer ou par Pâris, fils de Priam, est une arme digne d'honneur? Celui qui excelle dans le maniement de cette arme qui tue de loin est-il un homme comblé par les dieux ou un vil couard n'osant pas affronter de face ses adversaires?

Encore une fois merci pour cette correspondance fort agréable.

Olivier



Salut à toi Olivier que mon coeur chérit!

Je n'aime pas les ruses, je n'aime pas les coeurs qui dissimulent, mais je peux fort bien reconnaître les mérites d'Ulysse malgré tout. C'est un grand roi, le nourrisson de Zeus, un homme admirable. Par contre, je n'admire pas celui qui fait la guerre de nuit et s'approprie la victoire en usant de tromperies. Si Ulysse n'était pas aussi vaillant sur le champ de bataille, en plein jour, visible à ses adversaires, je le mépriserais grandement.

L'arc est une arme divine, et celui qui excelle à cet art est béni des dieux. Mais il doit aussi prouver sa valeur au combat à l'épée et à la lance, sinon il n'est rien. Un archer qui n'est qu'archer n'est qu'un guerrier sans valeur. Je suis moi-même doué à l'arc, et bien peu d'hommes me surpassent dans ce domaine, mais je suis aussi un lion dangereux qui sait achever ses ennemis autrement qu'à distance. Un grand guerrier manie bien toutes les armes à sa disposition. Se contenter d'une seule est une preuve de faiblesse que les dieux ne pardonnent pas. Et celui-là n'aura jamais le respect d'Achille.

Que la clémence des dieux protège ta belle tête!

Achille