Nefertiti
écrit à

   


Achille

     
   

Hercule et Hector

    Achille,

Pour mémoire, Hercule était non seulement ton égal, mais presque l'égal des dieux puisque demi-dieu lui-même! Il était le fils de Zeus et d'Alcmène. Quant au valeureux et vertueux Hector, s'il avait comme toi été plongé dans le Styx, il t'aurait probablement été nettement supérieur. Abandonné par Apollon et trompé par Athéna, il est mort en héros sous tes coups, mais, crois-moi, il était ton égal. Andromaque le pleure et lui adresse ce message:

[NDR: Ici était une reproduction d'un texte en grec.]


Étranger,

Pourquoi m’adresser ce message? Ce que tu dis du divin Héraclès, je le sais. Ce que tu racontes au sujet du Styx est faux et jamais je n’ai nié la grandeur d’Hector au casque scintillant.

Andromaque aura raison de pleurer son Hector lorsqu’il sera mort. Car effectivement, le destin qu’elle connaîtra sur nos navires sera bien celui de l’esclavage. Si son fils n’atteint jamais l’âge d’homme, elle ne pourra blâmer que son cher époux de n’avoir pas su les défendre. Pas moi.

Quoi qu’il en soit, Hector est bien vivant et son bras sème la terreur chez les Argiens, tandis que moi, je demeure dans ma baraque et ne participe pas aux combats.

Achille


Point ne suis étranger mais plutôt étrangère!

Néfertiti, reine d'Égypte!

Ha bon, toi pas avoir eu le corps trempé dans le Styx?

Alors, Achille au talon fragile, si tu es en vacances, viens faire un tour dans ma pyramide, je t'apprendrai l'art des hiéroglyphes!


Salut à toi, ô Reine Néfertiti!

Suis-je dans le tort si tu ne m'avais pas confié ton identité? Tu m'accables de reproches en dissimulant ton nom et je devrais me révéler devin? Je ne suis pas Calchas ni le célèbre Tirésias pour voir ce qui n'est pas.

Je répondrai à ta question, bien qu'elle me surprenne d'une reine comme toi. Peut-être ne sais-tu pas comment t'y prendre pour rendre un mortel immortel? Ces histoires de Styx sont absurdes! Il faut, toute la nuit durant, brûler la mortalité en retournant le corps dans le feu pour ensuite l'enduire d'ambroisie tout le jour. Après plusieurs répétitions de cet acte, l'immortalité sera accomplie. Malheureusement, ma divine mère n'a pas eu le temps de terminer son ouvrage et me voilà, à demi devin, quasi invulnérable, mais pas immortel.

J'ai entendu parler de l'Aiguptos fertile. Tu règnes donc sur ces lieux? C'est un royaume qui m'a toujours intrigué. Puisque je prévois d'aller en Crète après la guerre, je te confirme que je me rendrai ensuite chez toi, ô Reine, puisque tu m'y invites. Puisses-tu m'apprendre plus d'un secret. Ma mère m'a raconté que, dans ton royaume, elle a appris la manière de conserver un corps mort pendant de nombreux jours. Ton peuple peut-il réellement faire cela?

Que les dieux, les tiens et les miens, te soutiennent dans la tâche qui est tienne.

Achille


Je ne t'accable pas de reproches, je discute avec toi! Mais bon, mon statut de reine m'impose un ton peut-être un peu vif et je te prie de m'en excuser.

Oui, tu as raison, avant de tremper le héros mythologique que tu es, ta chère maman Thétis enduisait ton corps d'ambroisie le jour et te plongeait dans le feu la nuit! Suis-je nulle en cuisine, certainement, puisque j'oublie la moitié de la recette!

Avant de te mettre en route, va consulter l'oracle de Delphes et demande-lui bien où tu dois te rendre, car je n'habite pas à «Aiguptos» (je préfère Memphis si tu veux bien!) mais à Akhetaton (actuellement Tell El Amarna) où mon divin époux essaie à grand peine d'instaurer le monothéisme! Ah! le pauvre, il se donne bien du mal. Pourtant le monothéisme a un grand avenir devant lui, non? Mais bon, les hommes de notre époque ne sont sans doute pas prêts à abandonner les anciens dieux!

La momification? Oui, mais de moins en moins, tu vois! Ils sont fous ces Égyptiens! Maintenant ils «congèlent», alors que l'ancienne méthode a quand même fait ses preuves, non? Allez zou, je ne suis pas chienne anubis, je le livre le secret de la momification:

À l'aide d'une tige de bronze enfoncée par la narine gauche, l'embaumeur effondrait la lame criblée de l'ethmoïde (l'os séparant les fosses nasales de l'étage antérieur du crâne) et procédait ainsi à l'extraction du cerveau. Après avoir enlevé le cerveau, les embaumeurs injectaient de la résine liquide qui se solidifiait rapidement à l'intérieur de la boite crânienne. Puis, avec une lame tranchante (une obsidienne), ils ouvraient le corps, au niveau de l'abdomen sur le flanc gauche, pour y retirer les viscères. Ils nettoyaient l'abdomen avec du vin de palmier (sève du palmier dattier qui comportait environ 14% d'alcool et avait un certain pouvoir antiseptique) et des aromates broyés. Par la suite, l'abdomen devait être rempli de myrrhe pure ou broyée, de cannelle, de substances aromatiques, et ils recousaient. Ensuite, le corps était salé, pendant 70 jours, en le recouvrant de natron, substance composé de sel naturel, de carbonate de sodium contenant 17% de bicarbonate de sodium, du sulfate et du chlorure de sodium. Après les 70 jours, le corps était lavé, puis les embaumeurs remplissaient les corps qui étaient bourrés d'étoupe, de coton, de sciure de bois, d'herbes sèches imbibées de poudre de myrrhe, d'aloès, de cannelle, de cinnamome, de casse. Les narines, les oreilles, les orifices naturels sont fermés avec une pâte parfumée noire. De plus, certains yeux sont remplacés par des oignons ou encore par des yeux d'émail peints. Les momies princières avaient la tête recouverte d'une feuille d'or. Certaines femmes avaient les dents et les ongles recouverts de feuilles d'or.

Voilà, voilà! À toi de me livrer un secret, ami grec!


Réjouis-toi, ô puissante Reine Néfertiti!

Je ne veux pas user d'obstination, mais ce serait plutôt l'inverse. Ma mère me plongeait dans le feu la nuit et, ensuite, elle m'enduisait d'ambroisie pour soigner les blessures et en extraire la mortalité. Si tu accomplis pareille entreprise, ne termine jamais par le feu, mais bien par l'ambroisie. Une question demeure pourtant dans mon esprit, où te procures-tu la précieuse nourriture des dieux?

D'accord, je consulterai la Pythie et m'assurerai de la route à suivre. Je me rappellerai ce nom, Akhetaton. Y a-t-il des possibilités d'implanter une colonie près de ton royaume?

Ton époux croit en un seul dieu? Quelle folie! Ne craint-il pas le courroux des Olympiens pour pareille offense? Et toi, que penses-tu de ses agissements? Tu sembles croire qu'il s'agit d'une éventuelle réalité. Que sais-tu que je ne sais pas?

Merci pour la recette de momification. J'en ai parlé avec ma mère et elle dit que, bien qu'elle s'y prend un peu différemment, c'est la méthode dont elle s'est instruite. Ses qualités divines lui ont permis toutefois d'améliorer le procédé, mais elle n'a pas voulu me confier ce secret-là. Désolé, mais tu devras te passer de cette information.

Pour ce qui est de secret, je n'en ai aucun. Je n'ai pas un coeur qui dissimule. Je suis un matin clair et sans brume. Si tu désires savoir quoi que ce soit, demande-le!

Que les dieux vous soient favorables et cléments, à toi et à ton royal époux!

Achille


Une colonie? Dans mon royaume? Quelle drôle d'idée! Une colonie de fourmis, peut-être?

Un seul dieu? Mon royal époux tient énormément à cette idée, je ne voudrais pas lui faire de la peine, quant à moi j'avoue que je ne suis même pas certaine qu'il en existe un! Alors plusieurs!

Je suis donc plus généreuse que ta divine maman aux mains agiles, car voici une autre recette: mélanger du mascarpone, de la ciboulette, un tour de moulin à poivre, un peu de sel marin et du jus de citron - après avoir obtenu un mélange homogène, couper des lambeaux de saumon fumé, y mettre un peu de ce mélange et replier en petits rondins, mettre au frigo et servir le lendemain en apéritif ou en accompagnement d'une bonne salade!

Et ça mon cher, c'est digne d'être qualifié de «nourriture divine».

Bonne nuit et que le vent qui souffle dans les papyrus et fait chanter les arbres te carresse doucement les cheveux pour t'emmener au pays des songes.


Dommage, ô Reine au discours alléchant, que tu ne sois pas esclave chez moi! Je suis certain que tes plats feraient l'envie de mes invités.

Malheureusement, je n'ai rien de tel à partager avec toi. Je fais cuire le mouton, le cerf et n'importe quel gibier à la perfection et les fumées grasses réjouissent mes dieux, mais la finesse de tes préparations m'est inconnue.

En espérant pouvoir te visiter en ton royaume un jour, je te salue, divine Néfertiti!

Achille