Ariane
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Achille
Achille

     
   

Grand guerrier!

   

Noble Achille,

Je vous écris d'un comté fort loin du vôtre et je doute même qu'il existe de votre temps. J'ai lu vos précédentes missives et cela m'a appris beaucoup de choses sur vous et votre entourage. J'avais déjà entendu parler de certaines choses, tandis que d'autres m'étaient totalement inconnues. Il y a tout de même quelques petites questions qui n'apparaissent point dans vos précédentes communications.

Premièrement, je me suis toujours demandé pourquoi vous avez aidé à la destruction des Grecs (si on peut appeler cela comme ça) lors de la guerre de Troie. Pourquoi n'avez-vous pas aidé les Grecs? Je sais que vous étiez à votre propre compte, alors vous aviez sûrement une raison, seulement, elle m'échappe. Mon père a déjà essayé de me le faire comprendre, mais il y a encore plein de confusion dans ma tête sur le sujet. Si vous pouviez m'éclairer, je vous en serais vraiment reconnaissante et peut-être comprendrai-je plus si c'est vous qui m'éclairez.

J'aimerais aussi savoir ce qui vous a attiré en premier chez Déidamie et également chez Briséis. Était-ce les premières choses que vous regardiez chez toutes les femmes que vous rencontriez? Ou était-ce vraiment différent avec elles? Les aimiez-vous profondément? Je ne doute point de vos sentiments, car un guerrier ayant tant de qualités tel que vous doit avant tout savoir aimer, mais était-ce des amours incomparables? À quoi ressemblaient-elles (si ce n'est pas trop indiscret)?

J'ai une dernière question avant que vous me trouviez trop insolente. J'aimerais savoir quel nom vous donneriez à votre enfant si c’était une fille?

Ah oui, avant que je ne l'oublie, j'ai lu dans une précédente missive qu'une fille dit que votre nom veut dire «Qui n'a pas de lèvres»; justement c'est drôle comme coïncidence, mais hier j'ai fait des recherches sur les noms et dans le livre il était écrit que Achille voulait bel et bien dire «Qui a de BELLES lèvres». Et je n'en doute pas de tout l'or du monde sans vouloir être trop arrogante, mais si on prend comme fait que vous avez une mère déesse alors cela veut certainement dire que vous teniez quand même un peu d’elle et les déesses sont reconnues comme des femmes splendides, donc je suppose que...

J'ai aussi vu, encore dans une de vos anciennes lettres, que votre ami Patrocle est souvent près de vous. Si vous voulez bien, transmettez lui mes salutations.

En espérant ne pas trop vous avoir dérangé... Oh grand guerrier que j'admire.

Que les Dieux vous gardent.

Ariane


Achille te salut, gentille Ariane!

Quelque chose en toi, que je ne saurais identifier clairement, me rappelle Briséis. Ton exceptionnelle douceur peut-être. Enfin, un humain connaît-il toujours la composition exacte de son amour?

Pour gagner la guerre contre Troie, un oracle disait que les Grecs devaient s’assurer ma participation. C’est pourquoi ils sont venus me chercher dans ma retraite à la cour du roi Lycomède et m’ont promis gloire et richesse. Comme tu le sais, j’ai accepté et j’ai effectivement amassé un bon butin d’objets divers et d’esclaves. Parmi ces esclaves, il y avait une jeune fille, Briséis, que j’aimais passionnément et qui partageait mes sentiments. L’année dernière, Agamemnon a dû rendre une de ses esclaves, fille d’un prêtre d’Apollon, appelée Chryséis. Furieux d’avoir perdu une esclave agréable, Agamemnon a exigé qu’on lui livre Briséis, ma favorite. C’était une vengeance médiocre, indigne de son titre du roi des rois. Pour le punir, j’ai cessé le combat. Je lui ai dit : «tu me méprises et vole la femme que j’aime, tu crois pouvoir me manquer de respect, alors voyons si tu peux te passer de mon bras pour gagner cette guerre!» J’ai peut-être agi impulsivement, mais étant un élément essentiel de la victoire sur Troie, je m’attendais à plus de déférence à mon égard. Les Grecs ont beaucoup souffert de mon absence au combat, mais je ne pouvais revenir sur ma parole, car Agamemnon refusait de s’excuser et de me rendre Briséis. Comprends-tu mes motivations maintenant?

Mon amour pour Déidamie est le plus grand de tous. Je l’aime par-dessus tout. Elle est belle, douce et déterminée tout à la fois. Elle ne tait jamais ce que son cœur lui murmure. Je l’aime et l’admire pour sa force, son courage et sa volonté, mais aussi pour ce petit quelque chose que je ressens auprès d’elle.

Briséis est très différente. Pâle et soumise, elle aime comme elle vénère. Elle me fait sentir important. Avec elle, j’oublie les ennuis et les privations de la guerre.

J’aime assez aisément les femmes, je l’avoue, mais aucune ne surpasse mon grand amour, ma déesse, Déidamie.

Je laisserais le soin à ma femme de choisir un nom, mais si j’avais à choisir, ce serait peut-être Égine, en hommage à la ville bâtie par mon aïeul Éaque.

Mes lèvres sont très belles, comme tout le reste de mon anatomie. Je tiens peut-être ces traits harmonieux de ma mère, mais sache que mon père aussi était très bel homme. Les origines de mon nom divergent beaucoup. Crois en celle-là si tu le souhaites.

Je ne peux transmettre tes salutations à Patrocle, tu arrive trop tard, il est mort depuis peu, sous les coups meurtriers de Hector au casque scintillant, fils aîné de Priam.

Que les dieux te gardent aussi!

Achille
Ô Grand Guerrier,

Je voulais tout d'abord profondément vous remercier pour vos réponses, qui ont su mettre fin à mes interrogations. Cela m'a éclairée au plus haut point.

J'aurais cependant quelques autres questions à vous poser si vous me le permettez!

Dans une précèdente missive vous dites de Briséis qu'elle pourrait vous raccompagner chez vous, qu'elle pourrait porter vos enfants et certaines de vos nuits. Je me demandais comment cela se pourrait. Déidamie la considérait-elle aussi comme une soeur (bien que Briséis doive la servir)? Ne serait-elle pas jalouse qu'une autre femme qu'elle puisse porter votre descendance? Excusez mon ignorance, mais de votre temps et du mien les choses sont quelque peu différentes.

Si ce n'est pas le cas, si Déidamie acceptait Briséis, les enfants qu'elle mettrait au monde seraient-ils esclaves?

Autre chose, si Briséis avait été princesse, comme votre noble Déidamie, et que les circonstances avaient fait que vous vous rencontriez, est-ce que les choses auraient été différentes entre vous (si ce n'est pas trop indiscret de ma part)?

Troisièmement, j'aimerais savoir ce qui a fait que votre choix principal s'est arrêté sur Briséis et non sur une autre esclave. Qu'avait-elle de plus que les autres? Je ne doute nullement de vous, mais vous-même disiez avoir plusieurs esclaves, alors qu'est-ce qui a fait que vos yeux rencontrent les siens avant ceux des autres?

Pouvez-vous me dire les noms des autres esclaves que vous aviez faites à Troie? Pas toutes, mais seulement celles que vous jugez dignes de dire, si cela ne vous embarrasse pas trop.

Pour terminer, pouvez-vous me renseigner sur les caractéristiques suivantes? Vos noms (Hector au casque scintillant, Briséis aux belles joues, Déidamie aux bras blancs...), sont-ce vraiment des caractéristiques qui décrivent les personnes concernées?

Pour ce qui est de votre ami Patrocle, croyez moi, je suis sincèrement désolée, j'aurais voulu que vous puissiez lui transmettre mes salutations. Mais le destin va ainsi, on ne peut le contrôler sans savoir ce qui vient à nous. J'aimerais, si le coeur vous en dit, que vous me parliez un peu de sa personnalité. Était-il aussi grand poète que tout le monde le prétend?

Que les dieux vous protègent, Grand guerrier Achille

En attendant votre réponse,

Ariane