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 Valeria
écrit à


Achille


Et si tu avais survécu à la guerre ?


 

Bonjour Achille,

J'ai lu beaucoup de choses sur toi; tu voulais la gloire et tu l'as eue, même si le prix à payer était ta vie...

Et pendant cette guerre, tu as connu Briséis et tu l'as aimée.

Je pense que la gloire compte pour toi beaucoup plus que l'amour et donc j'aimerais te poser une question. Imaginons que tu survives à la guerre: y aurait-il un avenir pour toi et Briséis? L'emmènerais-tu avec toi, l'épouserais-tu? Ou l'abandonnerais-tu car ta soif de gloire, de combat l'aurait emportée? J'ai du mal à t'imaginer renoncer à l'épée; au fond, tu es né guerrier, non?

Je te remercie d'avance de satisfaire ma curiosité: et pardonne-moi de t'avoir tutoyé,

Valeria


Salut à toi, ô Valeria!

La mort n’était pas le prix à payer pour ma gloire. La preuve, je ne suis pas mort. Je combats toujours ces maudits Troyens, ces chiennes de face qui, dès que le danger s’approche, se réfugient derrière les remparts de leur cité.

J’ai consacré ma vie au combat, j’ai choisi la voie du guerrier et ce choix me mènera inévitablement vers une mort précoce. Seulement, aurais-je été épargné de la mort si j’avais choisi de rester dans ma verte Phthie? N’aurais-je pas, comme tout homme, un jour, cessé de respirer? La mort attend chacun de nous, tôt ou tard. Et puis, tout cela est une question de perspective. Par exemple, en ce moment, alors que les cendres de mon bien-aimé Patrocle sont déjà refroidies, je trouve que la mort ne vient pas assez tôt. Je voudrais périr maintenant, afin de retrouver celui qui n’aurait jamais dû me quitter. Lorsque je n’étais qu’un enfant, je goûtais déjà cette gloire et sa saveur suave modelait chacun de mes rêves. À présent, cette même gloire a un goût amer.

J’ai déjà une épouse. Il s’agit de Déidamie de Skyros, fille de Lycomède. Je les ai laissés derrière, elle et mon fils Néoptolème, afin de guerroyer contre les Troyens. Je n’épouserai jamais Briséis. Peut-être l’a-t-elle espéré, mais pour moi, le feu sacré de ma demeure, c’est Déidamie et nulle autre. Cependant, je n’abandonnerai jamais mes esclaves. Si je survis à cette guerre, ils me suivront pour le doux retour vers ma verte Phthie, sinon, ils seront sous la protection de ma famille.

Que ta santé soit bonne!

Achille


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