D'une Impératrice au Plus Glorieux des Guerriers
       

       
         
         

Sissi

      Salut à Toi, Achille, LE plus Glorieux des Guerriers!

Je me nomme Élisabeth de Wittelsbach et j'ai épousé un empereur d'Austria, du nom de François-Joseph 1er de Habsbourg, quand j'avais quinze ans seulement. On dit que je suis la plus belle femme de mon temps, avec mon corps sculptural au teint d'albâtre et mes cheveux flamboyants qui m'arrivent aux talons... Mais moi, je ne me trouverai jamais assez belle pour rivaliser avec les déesses de l'Olympe, même si on me compare parfois à elles! Quelle folie!

Je vis au XIXème siècle et non au XXIème, comme la plupart des autres interlocuteurs sur Dialogus. Moi aussi j'ai décidé de répondre aux questions des lecteurs, par ce moyen de communication révolutionnaire que les gens du XXIème siècle appellent étrangement Internet, même les plus saugrenues...

Je t'écris, Ô Noble Achille, LE plus Glorieux des guerriers, pour te dire que je t'admire plus que tout autre dans l'Histoire, tellement que j'ai décidé de faire construire un somptueux temple en ton honneur, sur la splendide île grecque du nom de Skhérié (on l'appelle aujourd'hui Corfou, oui, Très Honorable Achille, on ne devrait pas changer le nom des lieux de façon aussi arbitraire, aussi, je continue moi-même de l'appeler Skhérié), Temple que j'ai appelé l'Achilléion... Je crois tout de même que Toi, Très Noble et Vénérable Achille, tu trouverais peut-être très modeste ce temple à Ta Puissante Gloire, -somptueux de l'avis de tous-, mais je le fréquente surtout pour penser à Tes Glorieuses odyssées guerrières par le biais de ce grand visionnaire qu'était le noble Homère, celui qui a su si bien relater Tes exploits innombrables comme les étoiles du ciel, Très Noble et Très Glorieux Achille...

Si je puis me permettre de Te poser une question, Ô Glorieux Achille...Que penses-tu d'un Roi qui, même s'il a fait tout son possible pour défendre son empire et son honneur royal, perd la guerre, Toi qui n'as été que Glorieux dans tous Tes nobles combats?
Si je te pose cette question, Ô Très Glorieux Achille, c'est que mon vénérable mari, l'Empereur et Roi François-Joseph Ier, a déjà perdu deux guerres en l'espace de quelques années seulement, et je crains bien que notre avenir, à moi et à mes enfants, et bien sûr celui de mon mari au premier chef, soit bien menacé... Moi-même, je ne peux m'empêcher d'éprouver un peu de honte et de déception face à mon mari, qui, bien qu'il ait combattu en bon chef de guerre, a perdu à deux reprises... Je suis pourtant une bonne et fidèle épouse, toujours prête à appuyer mon mari dans tous ses combats, mais là, j'avoue que je suis désarçonnée (et pour moi, qui suis une cavalière émérite selon l'avis de tous, être désarçonnée, c'est fort tragique!...).

Oh que ne suis-je un homme, mieux, un demi-Dieu comme Toi, Glorieux Achille, pour pouvoir combattre avec les mêmes armes que vous tous, Très Nobles guerriers! Les Dieux de l'Olympe, Eux que je vénère, comme je Te vénère Toi, Très Vénérable Achille, savent combien je mettrais tout mon coeur et toute mon Âme au combat...Toi, très Honorable et Glorieux Achille, me crois-tu? Ma belle-mère l'Archiduchesse Sophie, qui se prend pour la Glorieuse Athéna Niké (Gloire à cette Très Noble déesse, MA préférée parmi toutes les déesses car elle EST la Sagesse et la Gloire), prétend prendre toute la place de stratège et de conseillère suprême auprès de mon Empereur de mari, mais à Toi, Très Glorieux Achille, je peux te dire que cette pauvre femme se surestime énormément, car elle donne de si mauvais conseils à mon François-Joseph qu'elle lui fait faire d'énormes bourdes qui lui valent défaites après défaites...

Peux-tu me conseiller sur ce que je devrais faire, Ô Toi, Très Glorieux et Vénérable Achille, LE plus Grand des Nobles Guerriers?

Élisabeth Erzsébet Sissi
Une impératrice et reine courageuse

Note de l'éditeur: L'Impératice Sissi qui écrit ici à Achille n'est pas la même que celle de Dialogus.

 

       
         

Achille

      Salut à toi, ô Reine aux beaux cheveux!

Bien que ces histoires de XX ne disent absolument rien à mon scribe, j’ai cru comprendre que tu m’écrivais du futur et que tu participais aussi aux rituels du culte de Dialogus. Je suis heureux de recevoir des mots de toi, Reine à la belle bouche!

J’ai longuement discuté avec ma mère à ton sujet et elle confirme en tout point tes dires. Tu aurais bâti un temple à mon honneur? Quelle joie pour mon cœur, quelle rassurante caresse tu me procures. Pour fêter cet événement, j’ai offert un banquet où tous sont égaux. Les dieux ont reçu leur part d’hommage, mais celle qui fut réellement au centre de nos discours, fut nulle autre que toi, digne Élisabeth Erzsébet Sissi. Patrocle s’est fait un plaisir de nous chanter ta lettre en s’accompagnant à la lyre et tous ont vanté la douceur de tes mots. Ma mère dit que tu as le beau chant de l’aède à la bouche, est-ce vrai? Rare serait le privilège de t’entendre. Peut-être, mais est-ce trop demander d’une souveraine telle que toi, pourrais-tu nous faire don de quelques vers à chanter?

La mère de ton époux me fait penser à cette chienne de face d’Agamemnon. Si sûr de son autorité et prenant de bien mauvaises décisions. Comment le roi peut-il endurer qu’une femme parle ainsi par sa bouche? Je te conseillerais de laisser sa propre bêtise devenir la cause de sa chute, mais je crains que cela ne soit pas toujours efficace. Parfois, l’assurance d’un chef obnubile le peuple et l’empêche de voir clairement les taches qui obscurcissent son règne. Mes amis se sont tous prononcés à ce sujet. Ils furent trop nombreux à organiser une attaque fantastique pour que je te répète leurs paroles! Nestor pourtant a avancé l’idée qu’elle pourrait bien être punie d’Athéna Niké pour avoir osé se croire son égale, mais je ne sais si la déesse possède des pouvoirs sur vous, hommes de demain. Ulysse aux mille ruses propose de lui tendre un piège. Pourquoi ne pas l’amener à prendre une très mauvaise décision, en l’influençant habilement, et ainsi la discréditer à jamais aux yeux du roi, ton époux. Il a même poussé l’audace jusqu’à monter de toutes pièces une preuve de trahison l’incriminant, mais je ne sais si tu souhaites risquer ainsi d’être découverte. Il ne faudrait pas qu’une reine telle que toi soit bannie. Par contre, si des descendants à moi existent encore, je suis certain que leur hospitalité est égale à celle de mon bien-aimé père et qu’il te saura possible de trouver refuge en Phthie. Je serais, ô Reine, si cela était en mon pouvoir, prêt à défendre ta cause et à envoyer tes ennemis dans le séjour des morts!

Que les dieux t’accorde les hommages de l’Olympe!

Achille
         
         

Sissi

      Ô très puissant et très noble Achille,

Merci infiniment, toi, le glorieux Demi-Dieu, celui qui côtoie quotidiennement les Tout-Puissants Dieux de l'Olympe sacré, que je remercie également de toute la force de mon âme courageuse de simple mortelle. Pour vous remercier encore plus concrètement et puisque vous me demandez tous si gracieusement de vous offrir l'un de mes poèmes, je vous dédierai celui qui résume le mieux mes pensées les plus profondes, moi, pauvre mortelle, qui, je l'espère, sera bénie des Dieux et obtiendra tout de même ainsi un peu d'Éternité (en effet, ne dit-on pas que les écrits restent?). Pour vous tous, héroïques et très puissants Dieux et Demi-Dieux de l'Olympe sacrée:

De la fille du Soleil...

Née un dimanche, je suis fille du Soleil
De ses rayons d'or il me fit un trône
De son éclat me tressa une couronne
Sa lumière est ma demeure sans pareille
Aux âmes du futur...
Mais je chemine solitaire sur cette Terre,
Depuis longtemps détachée du plaisir, de la vie;
Nul compagnon ne partage le secret de mon coeur
Jamais aucune âme n'a su me comprendre
Je fuis le monde et toutes ses joies
Je suis bien loin aujourd'hui des humains
Leur bonheur et leur peine me restent étrangers
Je chemine solitaire, comme sur une autre planète
Et mon âme est pleine à éclater
Les songes muets ne lui suffisent plus;
Ce qui l'émeut, elle doit le mettre en chants
Et ce sont eux que je couche dans ce livre
Lui, il les gardera fidèlement et à jamais
Des âmes qui aujourd'hui ne les comprennent pas
Jusqu'à ce qu'un jour, après de longues années agitées
Ces chants renaissent et refleurissent
Oh, puissent-ils alors, comme le voulait le maître
Vous consoler, vous qui pleurez et gémissez
Pour ceux qui tombèrent au combat de la Liberté
Pour ceux dont la tête porte la couronne du Martyre
Ô vous, chères âmes de ces temps lointains
Auxquelles s'adresse aujourd'hui mon âme
Bien souvent elle vous accompagnera
Et vous la ferez revivre grâce à mes poèmes

Élisabeth Erzsébet Sissi
Impératrice d'Autriche et Reine de Hongrie

Vous comprendrez, Ô Vous, Glorieux et Invincibles Dieux, et vous, Ô noble et glorieux Achille, que ce poème était une manière de me défier de ma belle-mère vaniteuse, qui, je dois bien l'avouer, a fini par payer ses folies de grandeur, elle simple mortelle qui avait osé se prendre pour une déesse comme Athéna, l'incarnation divine de la Sagesse et de la Guerre Juste... En effet, ma belle-mère a eu l'horrible douleur de perdre son fils préféré, Maximilien (frère cadet de mon époux) qui fut pendant un temps l'Empereur de pacotille du Mexique et qui fut EXÉCUTÉ par l'ennemi républicain à Querétaro en 1867...Mais je trouve cela bien dommage pour Maximilien lui-même (mort de la plus humiliante façon) car malgré sa faiblesse au niveau de la guerre et de la stratégie militaire, je l'aimais bien car il avait aussi une âme d'artiste comme moi... Sa femme, l'Impératrice Charlotte, une princesse belge que je jugeais insignifiante mais que ma belle-mère adorait, est devenue folle et le couple tant aimé de l'archiduchesse Sophie n'a pas laissé d'héritier...

Pour finir ici ma missive, je vous dédie encore mon poème ci-haut transcrit, Ô Glorieux et Invincibles Dieux aux goûts raffinés. Malgré sa mélancolie tragique, il vous plaira tout de même je l'espère. Mais je suis modeste et humble car je trouve ces qualités primordiales:ce sont les autres êtres humains qui me prêtent tous les dons et toutes les qualités... Sauf mon odieuse belle-mère et son entourage de basse-cour qui caquètent dans mon dos et me rendent la vie si pénible qu'il me tarde de gagner au plus vite les Champs Élysées...

Élisabeth Erzsébet Sissi

         
         

Sissi

      Ô Noble Achille, LE plus Glorieux des guerriers,

Je t'écris de nouveau afin de te dire qu'il faut te méfier de l'eau qui dort, en l'occurrence du perfide Alexandre (que beaucoup connaissent sous le nom de Pâris, fils du Roi Priam). Pourquoi te méfierais-tu d'un tel lâche, me demanderas-tu, Ô Noble et Courageux Achille? Parce qu'il obtiendra bientôt, hélas, la Protection Suprême (les Dieux qui savent tout devraient comprendre, pourtant, que ce lâche d'Alexandre ne mérite pas leur protection...) d'un Dieu Invincible aux flèches mortelles, et j'ai nommé le Dieu Tout-Puissant des Arts et des Lettres, le très bel Apollon... Si le Sublime Apollon écrivait sur Dialogus, je lui poserais la question directement: Pourquoi accorder ainsi sa Protection et sa Puissance Invincibles à un lâche tel qu'Alexandre, dont la cause n'est PAS juste pourtant?

Mais assure le Sublime Apollon, Ô Noble et Vénérable Achille, de ma plus grande admiration, moi qu'Il comble si souvent en m'accordant la grâce de pouvoir écrire quelques poèmes dictés par l'inspiration de mon maître en poésie, Heinrich Heine (dont il est question dans le poème «Aux âmes du futur» que je vous ai envoyé), lui-même inspiré par les Muses du Suprême Apollon... Assure-le aussi, Ô Noble Achille aux mains agiles, de mon plus grand respect dû à un si Grand, si Puissant et si Beau Dieu que le Bel Apollon, et dis-lui pour moi, Noble et Juste Achille, que je ne souhaite en aucun cas engendrer son Courroux qui, nous le savons tous, nous, humbles mortels, est Terrible...

Honneur à Achille et à Apollon,

Élisabeth Erzsébet Sissi.

Impératrice d'Autriche et Reine de Hongrie.

 

       
         

Achille

      Merci à toi, ô Reine, pour ces vers magnifiques que nous avons récités la nuit dernière.

Mais à peine avons-nous fini de banqueter que ma mère m'appelle du rivage et me remet une nouvelle tablette venant de toi, douce Souveraine aux beaux cheveux.

Une mise en garde contre Apollon? Ce n'est pas du nouveau! Apollon protège et soutient les Troyens depuis le début de cette guerre. Il n'est pas étonnant qu'il favorise un homme tel qu'Alexandre, égalant à l'arc le grand Philoctète, anciennement favori d'Héraclès.

Tu es toute bouleversée, ma Reine; ne crains pas et ne mouille pas inutilement tes bras blancs de larmes. Alexandre ne peut rien contre moi. Il tire ses flèches avec adresse, j'en conviens, mais ma lance va bien plus loin encore. Alexandre excelle surtout dans l'art de courir se mettre à l'abri dans les bras de la belle Hélène. Et je t'assure qu'il ne dort pas dans cette couche-là. Non, vraiment, rien à craindre. L'amour l'occupe beaucoup trop pour qu'il soit un ennemi dangereux!

Les Troyens ont la protection d'Apollon, mais dès que la volonté de Zeus sera accomplie, ils n'auront plus que des cendres à la place de leur fière cité! Un mot de toi et je te ramène les bijoux de la reine Hécube que tu pourras placer sur ta belle tête.

Que les Muses te conservent cette belle inspiration dont tu es une digne dépositaire!

Achille
         
         

Sissi

      Salut à toi, Ô Noble Achille, le plus grand des guerriers!

C'est moi, Élisabeth Erzsébet Sissi, Impératrice d'Autriche et Reine de Hongrie. Je t'écris pour te réciter un poème que j'ai composé en ton honneur en mars (le mois du dieu de la guerre, j'ai de la suite dans les idées, n'est-ce pas?) de l'année de grâce 1885. Je viens tout juste de le retrouver dans mes paperasses que j'avais laissées aux soins de mon frère Karl Théodore pour qu'il ne les sorte que 60 ans plus tard... Je ne sais pas à qui il les avait confiées à sa mort (en 1909 qu'il est décédé mon frère préféré, à ce qu'on m'a dit!) mais j'ai eu un mal fou à les retrouver... Voici donc ce poème en ton honneur que j'ai tant cherché pour te le réciter, Ô très Noble Achille:

ACHILLEUS...

J'ai crié ton nom vers le grand large
Mais les flots l'ont rapporté
J'ai écris ton nom dans le sable
Alors les coquillages l'ont écrasé
À présent je l'ai enfin,
D'un crayon d'or,
Gravé à l'horizon.
Là, il brille et étincelle
Le plus beau poème
De la légende immortelle d'Homère:
Achilleus...

De Titania

Élisabeth Erzsébet Sissi

Mars 1885.

 

       
         

Achille

      Je te remercie, chère Reine, pour ces vers sans égal parmi les hommes! Je les chérirai jusqu'à ma mort. D'ailleurs, j'exige que Patrocle les récite chaque jour avant mon coucher, ce qu'il fait admirablement. J'aimerais tant que tu puisses entendre sa voix. Nulle autre n'est plus douce à mes oreilles. Dommage que je ne puisse comparer avec la tienne!

Que les dieux t'accordent le repos de l'âme!

Achille