Cinéma
       

       
         
         

Joan

      Cher Achille,

Je vous salue, héros légendaire.

Je dois tout d'abord vous confier que je ne sais pas grand-chose à votre sujet, si ce n'est votre nom associé à un courage et une fierté légendaires.

Tout récemment j'ai vu au cinéma (renseignez-vous à ce sujet sur le monde de l'Internet pour avoir une idée de ce que c'est) une production intitulée TROIE. Elle raconte la destruction de cette ville et vous y attribue un rôle de premier plan dans cette «victoire». Toutefois, comme c'est souvent le cas au cinéma (les histoires sont souvent mal exploitées et les dialogues sont quelque peu clichés), on ne peut dissocier la part de réalité de celle de la fiction.

Dans ce film, vers la fin, vous dites à Briséis: «Avant je ne connaissais que la guerre, mais vous, vous m'avez appris la paix». De tels propos sont-ils réalistes? Ne viviez vous seulement que pour la guerre? Ceux que que vous tuez, et vos amis que vous vengez en tuant leurs assassins, n'avez vous jamais songé que eux aussi ont des amis et une famille? À chaque âme qui rejoint le royaume des morts, au moins dix autres âmes les pleurent dans le royaume des vivants, devant porter une croix de chagrin et de haine qu'ils ne doivent qu'à vos mains.

Ne prenez pas mes paroles pour des critiques ou un jugement hâtif. Je ne cherche qu'un peu de vérité, un peu d'humanité. Nos époques et nos valeurs sont différentes, j'en conviens, et si j'ai commis quelques erreurs je ne les dois qu'à mon ignorance. Je vous prie de me répondre et d'accepter mes plus sincères salutations.

Amicalement,

Joan

 

       
         

Achille

      Khairé Joan!

Je n'ai pas eu besoin de Briséis pour m'apprendre la paix, d'autres femmes avant elle me l'avaient déjà apprise. Je crois que ton peuple se fait une idée fausse de l'amour que je porte à mon ancienne captive. J'aime Briséis, du moins je l'aimais lorsqu'elle partageait ma couche, parce que ses formes sont agréables, sa bouche est douce et molle, ses cheveux s'enlacent autour de mon dos et ses yeux me couvent dans la nuit. Je l'aime lorsqu'elle glisse son corps chaud sous le mien et je l'oublie un peu lorsque je joue avec les hommes ou chasse entre les hauts pins du mont Ida. Je l'oublierais définitivement si je retournais à Scyros auprès de ma femme et de mon fils. Ce que je n'oublie jamais, c'est l'affront d'Agamemnon et sa prétention d'Atride.

Thanatos vient chercher qui se doit de partir. Je suis l'épée, mais non la mort elle-même. Ce n'est pas de ma faute si les hommes meurent au combat, ils n'avaient qu'à devenir meilleurs que moi. On peut blâmer leur maître de n'avoir pas été aussi brillant que le mien, mais on ne peut me reprocher leur faiblesse. Les hommes meurent et se rendent chez Hadès et d'autres naissent et tètent le sein de leur mère ou de leur nourrice. Suis-je responsable de la marche du monde? Ce sont les dieux qui ont voulu les hommes mortels, ce n'est pas moi. Si la mort pourpre emporte les enfants de la terre, je t'assure que je n'y suis pour rien, je ne représente que l'outil du Destin.

N'oublie jamais Joan qu'il vaut mieux mourir au combat qu'en s'étouffant avec son vin. Tous les hommes dignes de leur nom te le diront.

Herrôssô!

Achille