Agamemnon
       

       
         
         

Apostolos

      Bonjour Achille,

Étant grec moi-même, je m'intéresse beaucoup à l'histoire de la Grèce. Agamemnon voulait conquérir toute la Grèce par la guerre et vous avez tué un nombre inconnu de Grecs pour lui. Cependant, étiez-vous d'accord avec toutes les guerres qu'Agamemnon engendrait? Ne trouvez-vous pas ridicule le fait que les Grecs se battaient entre eux?

Merci d'avance,

Apostolos

 

       
         

Achille

      Khairé Apostolos!

C’est une grande joie de recevoir ces mots de toi, le messager du futur. Je me sentais de méchante humeur de m’être fait battre à l’arc par Philoctète et ta lettre m’a changé les idées, bien qu’il y soit question du chien d’Atride.

Il y a peu de temps que je connais personnellement Agamemnon. Nous avons été présentés à Aulis, lors du départ de la flotte grecque en route vers la Phrygie. Jamais je n’ai combattu pour lui, mais pour la gloire, pour la richesse, pour l’honneur et pour la fierté de mon bien-aimé père, l’Éacide Pélée. C’est seul avec mes troupes que, ces neuf dernières années, j’ai longé les côtes, pillant les cités et les vaisseaux marchands pour grandir les trésors de ma maison. Je ne suis aucunement sous les ordres de l’ivrogne, fils d’Atrée. S’il croit pouvoir m’assujettir, il est bien mal conseillé.

J’ai appris que, à ton époque, il y a une grande différence entre le commerce et la piraterie. Pour nous, si un homme revient de la mer avec des trésors plein son vaisseau, c’est que Hermès l’aura favorisé dans le marchandage aussi bien que dans le vol. Nul ne le blâmera pour avoir pillé des cités ou coulé des navires. L’honneur est accordé au plus fort.

Chaque cité dépend de sa forteresse et de la puissance de son chef. Si tes murs sont détruits, tes femmes emportées et tes biens arrachés à ta maison, il n’y a que toi à blâmer: tu n’avais qu’à mieux les protéger! Cette guerre-ci a réuni les grands rois et princes de Grèce, mais cette union est fragile et l’homme combat selon son intérêt. La Sainte Ilion est assez riche pour tous nous contenter et pour la prendre, nous ne sommes pas de trop. C’est l’unique raison de notre coalition. Si ensuite mon intérêt est de me retourner contre ceux qui furent, sous les hauts remparts de Troie, mes alliés, je n’hésiterai pas, tu peux en être certain. Je ne vois pas ce que cela a de ridicule. Peut-être peux-tu me l’expliquer?

Que les dieux te soient favorables!

Achille
         
         

Apostolos

      Bonjour Achille,

Tout d'abord, j'aimerais mentionner que je comprends maintenant que votre but était le même que les autres citoyens de la Grèce: celui d'acquérir l'honneur et le respect des autres. Sur le champ de bataille et sur vos navires, vous vous êtes prouvé digne de votre honneur. Cependant, je sais que les différentes parties de la Grèce voulaient toutes avoir le plus de pouvoir dans le pays. Mais au lieu de concentrer leurs efforts dans le but de se battre entre eux, elles auraient pu envahir d'autre pays et, ainsi, conquérir plus de territoires. De plus, n'auriez-vous pas aimé plus vous battre contre vos ennemis des autres pays au lieu de vos anciens alliés?

Apostolos

 

       
         

Achille

      Je te salue, Apostolos!

La guerre qui nous oppose aux Troyens dompteurs de chevaux est le premier véritable affrontement auquel je participe. J’ai pillé et ravagé maintes cités en Thessalie et sur la côte, mais vu mon jeune âge, je n’ai jamais encore entrepris de conquête importante. Si les Dieux veulent que je survive et que mon père me cède son royaume, je ferai bien mieux que de me battre contre les rois de Grèce. Que la volonté de Zeus le tonnant s’accomplisse!
Je sais que certains princes se sont aventurés, ou désirent le faire, sur l’Égyptos, ce grand fleuve au-delà des terres d’Idoménée, roi de Crête. D’autres se sont embarqués vers le couchant ou sur les eaux infécondes du Pont-Euxin. Comme eux, je voudrais découvrir des terres barbares, là où même les dieux ne s’y promènent point. Je désirerais moi aussi fonder des colonies, mais pour l’instant mon Destin me confine aux rivages de la Phrygie.
Aurais-tu envie de partir vers l’inconnu et d’embrasser de nouveaux horizons? Toi qui est un fils de notre patrie, désires-tu répandre notre civilisation aux confins de la terre et peut-être même au-delà du grand fleuve qui l’entoure?
Herrôssô!

Achille