Lilith
écrit à



Satan
Satan




Lilith écrit à Satan



Ressens-tu les prémices de Beltane?

LiLiTH



Leila ou la nuit,

Fallait-il que vous braquassiez votre œil enluminé vers mézigue? Da. En outre, vous tombâtes à l’heure idoine. Oui, je m’encanaille avec ces blèches atomos (humains)… peut-être, me soufflé-je, que ma vieille blessure m’y oblige.

Oui, je ressens les prémices de Beltaine. Comme je ressens la tombée du serein et de la rosée.

Et,

Lith, oui, par aphérèse… je sens que nous allons écosser les thèmes que vous chérissez en élaguant tout vain vocable.


Deux gaules joignant un cygne,
SATAN
Σατανάς



Cher Sorgueur,

L'encanailleur encanaillé, surréaliste, mais cocasse; je te conçois plus volontiers levant le ban des gourgandines et des mignards, mon ami.

Incidemment, les frémissements de Beltane m'ont fait renoncer à subir les éternelles paillardises de soupirants sans imagination. Je sens déjà la chaleur des feux, l'embrasement de Cethsamhain et je ne peux m'engouer de l'insignifiance.

Alors ne te prive pas d'occire la vanité, de ne retenir que la quintessence...

LiLiTH



לילית,

À hue, le hou! De l’autan se faisait ouïr épouvantablement. Les azalées dansottaient, d’un air folasse, une bacchanale en l’honneur des phallus impudiques. Un fayard, qui s’y tenait à quelques aunes des rossignols, gesticulait théâtralement; et iceux vocalisèrent une bastringue… ce fut un pur éclat orchestral.

À dia, je vis une nuée à toison de vigogne, au cheminement preste et latéralement éraflée d’une bande ondulée, celer corrélativement le soleil agonisant; da, l’horizon l’absorber nonchalamment. Il était, ô Lilith, vermiculé de fines bandelettes purpurines… on aurait dit une fleur de jusquiame. Était-ce le même qui mordorait cette rivière -la mienne- d’un liseré flamboyant? Sur ses entrefaites, je scrutais un sapin pectiné, oui, celui-ci semblait démêler la chevelure nattée du roc. Supplémentairement, je zieutais étonnamment ces fleurs des berces qui s’empourpraient! Ce rosissement, sans l’allure d’un doute, était dû à la présence de ce satyre puant (champignon en forme phallique, en forme de pénis). Ha; ha; ha; ha!

Deux gaules joignant un cygne,
SATAN
Σατανάς



Nehy,

J’ai suivi, à l’heure du loup, une farandole de phalènes et, foulant la guède, j’ai gagné la sylve. La chute de Phébus teintait ma crinière de reflets cramoisis. Autour de moi les jeunes pousses enhardies se prenaient à rêver qu’elles croîtraient en datura, solennelle solanacée chère à mes enfants.

Tu étais là, je le sentais et je lisais dans le ciel torturé, saigneux, le signe que j’attendais. Mes pas me ramènent aux frondaisons, ce soir encore, humant les suintements mortifères un sourire aux lèvres.

LiLiTH



Et cette phalère à l’allure martiale et au teint marmoréen que je coudoie d’avec mes ailes... Dites, en bêtifiant avec moi, me croit-elle un géant lépidoptère?

Et ce pouillot à plumule rebiquant en virgule mauresque, qui se tient au chevet d’un affluent sous un ciel non sourcilleux; même si celui-ci est frangé d’effilés cirrus. Cet ailé fait des vocalises, il semble s’exercer vu les notes neumatiques. À deux encâblures, j’aperçois un marabout perché sur un mas spectral ; il a une mine déconfite et, d’un son mat, pousse ses nénies coutumières. On dirait qu’il improvise un vocéro à feue ma moitié. Et à maintes aunes, je scrute une yeuse. Le zéphyr semble avoir des accrocs à démêler son crin frisottant, à l’afro.   

Ah! Lilith, le soleil se mue: il est jaunâtre et auréolé d’un cerceau opalin... et ça m’évoque un œuf de poularde, foin!

Et,

Non, j’arrête, oui, ne suis-je celui qui se contente d’un rien et non celui qui ne se contente de rien, hein!

Deux gaules joignant un cygne,
SATAN
Σατανάς



Ainsi ton âme perçoit toujours avec la même acuité qu'autrefois la grâce de l'instant et ton verbe m'offre l'ineffable.

Je me souviens d'un temps où l'émerveillement était un don divin, le prix de l'asservissement aussi. Le souvenir du déchirement est là, vivace. Mais plus prégnant est celui de ta lumière dissipant mon amaurose. Chaque instant d'éternité, chaque émoi, est le fruit exquis de la graine que tu semas ce jour-là.

Mais je suis celle que j'étais alors et, tel un nāphîl, je vis la dualité de ma nature de la plus absolue des façons. M'accompagneras-tu dans ce voyage, d'une rive à l'autre?

LiLiTH



Celle qui savait,

Voguer dans le préau éthéré avec la doche ou la tsarine des striges, pagayer l’air avec celle qui honnit la posture du prosélyte… sera-ce un déplaisir? Aucunement. Dis, irons-nous vers le septentrion? Car je dois y retourner, là où je dus gloser la vie, là où je dus mener une vie souffrétique (sic), là où je pus empoissonner mon gave en faisant fi des dytiques, bernique! Cette contrée est sise sur un certain mont; celui-ci est continûment empanaché d’une nue d’oronge… tu te ressouviens?

Lavlah, oui, toi à la chevelure teck et au teint macassar, je crois que les Onocentaures et les Succubes hululeront de jalousie et tes féales accompagnatrices seront -pour nous- comme une tiare de lampyres.
Allez. Nous sillonnerons le firmament à l’échancrure de la lune

Deux gaules joignant un cygne,
SATAN
Σατανάς



Que feras-tu, cher Ange, sur le Har? Il est tant de monts où les hommes te décrivent terrassé, te dépeignent tentateur achoppant, te parant parfois d'une draconique apparence. Ton choix est judicieux et j'aurais, sinon plaisir, du moins grand intérêt à sillonner cette région qui me cause tant de remembrances; tout le territoire, pas uniquement le mont.

Il est alors possible que mes suivantes fassent entendre leur chant, mais un autre appel pourrait résonner. Lorsque nous serons là-bas, sur les lieux de notre genèse personnelle, qui sait si nous ne rendrons pas grâce aux paroles d'Isaïe?

LiLiTH



Ses forces (Lilith) s’intensifièrent et, d’un ton si fier, elle expectora des vocables miellés.

Da,

La stridence de votre réceptivité me meut, m’émeut et émeut même un émeu. Nonobstant, celle-ci ne parvient pas à écrémer les blandices de votre verve… C’est schtroumpfant!

Et,

En cette encoignure, si riche de ténèbres où je végète,
On y entr'aperçoit moult larves aux pans irisés
Ainsi qu’un blafard lémure qui, véhémentement, jette
Quelques exsangues diaprures vert-de-grisées.

Post-scriptum: Isaïe y est itou. Eh oui! Les vertus vicient l’âme.

Deux gaules joignant un cygne,
SATAN

Σατανάς